" For intérieur " est la 6ème composition Spleen ( 20 juillet 2007 )
Je voulais te rencontrer
For intérieur avisé
Je crois que c’est le moment
Depuis le temps que j’t’attends
Une fille est arrivée
Elle est seule et pas mariée
On pourrait dire photogénique
Et unique ?
Elle éclipse toutes les autres
Comme une étoile dans ma
nuit
Un refrain dans une chanson
Qu’est-ce qui te tourmente mon garçon ?
Même si il n’y a aucun problème
Comment lui dire que je l’aime
Est-ce qu’elle le prendrait vraiment
bien ?
Si tu es sincère tu ne risques rien
Je sens que je peux m’éteindre
Surtout à force de la craindre
Si notre histoire est une erreur
N’aies pas peur
J’appréhende qu’elle soit
déçue
Qu’elle regrette de m’avoir connu
Voici mon désarroi
C’est que peut-être que le mal est en toi
Dans quel sens faut-il chercher
?
Je ne sais pas d’où ça
vient
C’est bloqué dans ma mémoire
Tu veux vraiment savoir ?
Je crois que j’ai tout compris
For intérieur indécis
Tu me laisses dans les nuages
C’était mon message
Quelques explications :
" For intérieur " est une discussion entre un garçon et sa propre conscience.
C'est une chanson volontairement très courte (2
minutes), destinée à être écoutée 3 fois
de suite.
La frustration et donc la répétition du
morceau doivent normalement entraîner l'addiction ...
Pour les paroles je voulais un truc simple. Puisque
le narrateur s'adresse à son for intérieur,
il n'y a pas forcement trop d'humour (à part un
pléonasme), de détour, de recherche de style dans son propos.
La voix du for intérieur est celle de Jean-Louis
Trintignant.
Je l'ai récupérée à partir
du film " La cité des enfants perdus " de Jean-Pierre Jeunet &
Marc Caro.
J'aime beaucoup l'idée d'injecter la bande son
d'un film dans une chanson.
Vincent Delerm avait déjà placé
un extrait du film " Un homme et une femme "
de Claude Lelouch dans " Deauville sans Trintignant ".
J'ai cherché des films dans lesquels je puisse
extraire une voix, et comme les références de Vincent
en matière de cinéma ne me parlent pas
vraiment, j'ai plutôt cherché du côté fantastique,
et je suis tombé sur " La cité des enfants
perdus " où comme par hasard c'était Jean-Louis Trintignant
qui faisait la voix off d'un personnage (Irvin, un cerveau
dans un aquarium !).
J'ai enregistré tous les dialogues du film où
Jean-Louis intervient,
et en faisant totalement abstraction de son rôle
dans le film,
j'ai sélectionné les répliques qui
me plaisaient auditivement, au niveau de la phonogénie et du sens.
C'est à partir de là que je suis parti
sur le concept d'une voix off intérieure, d'une conscience.
L'idée principale c'était de fondre au maximum
les interventions de la voix off
pour qu'on imagine presque qu'elle avait été
écrite pour la chanson.
L'astuce structurelle a été de faire des
rimes entre mon texte et ses phrases,
et que ce soit lui qui rime avec moi et non pas l'inverse
...
Sur certaines répliques, on entendait trop les
bruitages du film (bulles & grincements métalliques),
du coup j'ai dû filtrer encore plus la voix qu'elle
ne l'est dans le film, en coupant les basses
en dessous de 130 Hz et en enlevant les aigus au dessus
de 7000 Hz. Je n'ai gardé que le signal utile
pour ne pas remarquer les arrivées et les sorties
de souffle du film, et j'ai rajouté de la réverbération
afin que la voix de Jean-Louis puisse s'insérer
correctement dans la chanson.
J'ai joué aussi sur la phonétique. Dans
le film Irvin dit : " l'original, lui, est unique ".
Comme Jean-Louis a prononcé le "est" comme un
"et", acoustiquement dans mon texte
le verbe être s'est transformé en conjonction
de coordination ...
Elle est seule et pas mariée
Ce pléonasme rappelle " Le syndrome de Stendhal " ...
Comme une étoile dans ma nuit
J'avais le titre de l'album avant d'inclure la phrase
dans les paroles de " For intérieur
".
J'aime bien cette idée. Par exemple aucune chanson
ne s'appelle " The head on the door "
dans l'album des Cure (1985), mais c'est un extrait des
paroles de la chanson " Close to me " :
If only I was sure That my head on the door was a
dream
Même s'il n'y a aucun problème comment lui dire que je l'aime
Cela rappelle " Les plus belles histoires " ...
Est-ce qu'elle le prendrait vraiment bien ?
Comme si une fille pouvait mal prendre le fait qu'on lui dise : " Je t'aime " ...
Surtout à force de la craindre
Le " la " renvoie à l'histoire et à la fille
Tu veux vraiment savoir ?
Cela veut dire que le for intérieur ne veut pas,
ou qu'il ne peut pas répondre.
Il n'a pas la solution à la question : " Dans
quel sens faut il chercher ? "
Il répond par une autre question pour esquiver.
Tu me laisses dans les nuages
Je voulais que le for intérieur ne soit pas spécialement
fort, qu'il ne puisse pas tout régler,
qu'il laisse son protégé dans la tourmente.
On a un contraste entre le début de la chanson où il apparaît
comme
infaillible (For intérieur avisé)
et la fin où il laisse tomber le narrateur (For intérieur
indécis).
La musique :
La musique de " For intérieur
" emprunte beaucoup aux Cure.
On retrouve aussi de subtiles réminiscences de
la chanson " The scientist " de Coldplay.